Actualités du marché des devises

janv. 17, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un retour au calme qui sied à l'euro, le yuan sous la menace de perdre ses privilèges ?

 
Tendance du jour : la semaine s'ouvre sur un retour au calme très net sur les marchés financiers. La résilience affichée en fin de semaine dernière par les marchés actions américains face à la remontée des taux réels mais aussi la double baisse de taux opérée ce matin par la banque centrale chinoise rassurent les investisseurs. La première inflexion à la baisse  recensée cette année des cas de COVID dans le monde lors de la journée de dimanche est également un élément rassurant. L'euro affiche une meilleure mine que vendredi dernier et s'apprécie face à un très large nombre de ses pairs, économies développées et émergentes confondues. Le yen est particulièrement en difficulté tandis que le dollar canadien poursuit sur sa lancée et surfe sur la hausse des prix du pétrole. Au sein des marchés émergentes, les devises d'Europe de l'Est ont toujours une très bonne cote et résistent bien à la poussée ce matin de l'euro. Le rouble cède à nouveau du terrain ce matin (87,0 RUB) et reste très attentif aux tensions géopolitiques entre la Russie et les Etats-Unis concernant l'Ukraine.

 
EUR/USD - L'économie américaine déçoit mais le dollar se reprend (-0,3% vendredi) : les statistiques économiques publiées vendredi aux Etats-Unis ont été décevantes, et encore c'est un euphémisme. Les ventes au détail ont enregistré leur plus forte contraction en 10 mois en décembre (-1,9% M/M) tandis que la production industrielle s'est étonnement contractée à cette période (-0,1% M/M) pour la 1ière fois en 3 mois. La première estimation au mois de janvier de l'indice Michigan indique une contraction plus forte que prévu de la confiance des ménages, laquelle s'est rapprochée de son plus bas niveau depuis 10 ans touché en novembre dernier. Le très haut niveau d'inflation aux Etats-Unis (7% en décembre) et la baisse du pouvoir d'achat des ménages américains semblent être la cause principale de cette contre-performance de l'économie, ainsi que l'arrivée de la vague Omicron qui revient créer des points de tension dans les chaînes d'approvisionnement et perturber l'activité industrielle. Au regard de ces résultats, il apparaît impératif pour la banque centrale américaine d'intervenir au plus vite pour éviter que la hausse des prix ne provoque davantage de dommages. Malgré la hausse des rendements obligataires américains (taux 10 ans à un pic de 2 ans à presque 1,8%), les marchés actions, et notamment les valeurs technologiques, ont réussi vendredi à rebondir après la forte chute enregistrée jeudi. Lorsqu'une remontée des taux ne coïncide pas avec une dégringolade des actions, le dollar est moins sous pression et suscite des convoitises. Ce dernier a stoppé l'hémorragie et mis fin vendredi à une série de trois séances consécutives de baisse face à l'euro. Le taux EUR/USD reste néanmoins bien positionné au-dessus de 1,14 $ et pourrait d'ailleurs s'y maintenir ce lundi en raison de l'absence des investisseurs américains qui seront en congé prolongé à l'occasion des célébrations aux Etats-Unis du jour de naissance de Martin Luther King (MLK day). Pas de statistiques économiques majeures à suivre ce lundi en Zone Euro mais une réunion de l'Eurogroupe qui portera sur les récents développements économiques dans la région ainsi que sur la solvabilité des entreprises.

 
EUR/GBP - La livre sterling poursuit une direction inverse que la courbe de confiance de Boris Johnson (-0,1% vendredi) : toujours pas de nuages à l'horizon pour la livre sterling qui reste pour le moment orientée à la hausse face à l'euro et proche de ses plus hauts niveaux depuis le référendum de sortie de l'UE de 2016 à proximité de 0,83 £, cela en dépit des tumultes politiques qui sévissent au Royaume-Uni. La confiance du premier ministre britannique Boris Johnson est au plus bas depuis les révélations dans la presse de sa conduite inappropriée durant les périodes de confinement de 2020, et plusieurs articles dans les médias évoquent l'hypothèse un possible départ (volontaire ou forcé) du chef du gouvernement britannique. Si un vote de défiance à son encontre formulé par les députés conservateurs n'est pas à exclure dans les prochains jours et/ou semaines, Johnson ne semble pas disposé à quitter son poste sans combattre. Une série d'annonces "populaires" (ou populistes selon le journal britannique The Guardian) devrait être faite cette semaine dont une probable levée des restrictions sanitaires le 26 janvier prochain. Pour l'heure, les risques politiques et l'éventualité d'un changement de gouvernance n'effraient pas la livre sterling si l'on en juge par l'indice de volatilité implicite 3 mois sur l'EUR/GBP qui titille ses plus bas niveaux depuis septembre dernier. Le volet monétaire et la perspective d'une nouvelle hausse de taux par la Banque d'Angleterre le 3 février prochain prend le dessus sur tout. À cet égard, on surveillera la large série de statistiques économiques publiées cette semaine au Royaume-Uni avec notamment les derniers chiffres de l'emploi (mardi), d'inflation (mercredi) et de ventes au détail (vendredi). Le taux EUR/GBP démarre la semaine en hausse et remonte au-dessus du seuil de 0,8350 £.

 
EUR/JPY - Un coup de chaud du yen sans conséquence majeure (-0,3% vendredi) : le taux EUR/JPY a subi un décrochage temporaire sous le seuil de 130 ¥ vendredi dernier mais a très vite réussi à se redresser en fin de journée grâce notamment au rebond des marchés actions américains. Le taux a tout de même clôturé la semaine dans le rouge à son plus bas niveau depuis plus de 2 semaines. Une sortie de route sans grande conséquence puisque ce matin la paire de change affichait une mine réjouie et reprenait la direction du seuil de 131 ¥. La résilience des marchés actions à l'égard de la remontée des rendements obligataires et notamment des taux réels est un réel frein à une ascension plus significative du yen face à ses pairs. Sérénité rime avec manque d'opportunité pour la devise japonaise.

 
EUR/CAD - Le loonie se heurte à un palier majeur situé à 1,43 C$ (-0,1% vendredi) : le loonie canadien se casse les dents depuis plusieurs jours sur le seuil de 1,43 C$, ou son plus haut niveau depuis un mois face à l'euro, qu'il ne parvient pas après plusieurs tentatives à casser. Pourtant, la devise canadienne est soutenue par la remontée effrénée des prix du pétrole qui ont flirté vendredi dernier en Europe avec ses plus hauts depuis 2014 (pointe à plus de 86 $/brl pour l'indice Brent). La baisse du dollar et la baisse des températures dans l'hémisphère nord stimulent la demande en pétrole, d'où sa progression significative sur ce début d'année (+11% en 2 semaines). Sensible aux prix du brut mais aussi aux anticipations monétaires misant sur une forte remontée des taux cette année au Canada, le loonie sera très attentif cette semaine à la publication au Canada des nouveaux chiffres d'inflation (mardi) mais aussi de ventes au détail (vendredi). En cas de cassure du support de 1,43 C$, une accélération de la chute du taux EUR/CAD pourrait s'observer.

 
EUR/CNH - Une économie chinoise qui ralentit malgré un bon T4 (-0,5% vendredi) : le yuan a très largement profité vendredi dernier des bons résultats commerciaux de la Chine (surplus record en décembre) et d'une décompression de l'euro pour regagner du terrain face à ce dernier. C'était une occasion pour la devise chinoise de se reprendre après avoir chuté à un creux de 2 mois face à l'euro à 7,30 ¥. Ce matin, la devise chinoise est stable à 7,26 ¥ et montre peu d'emballement à l'égard de la publication des dernières statistiques de 2021. L'économie chinoise a enregistré une croissance de 8,1% sur l'année 2021 - soit une performance bien supérieure à l'objectif de 6% fixé par Pékin - et un rebond au T4 bien au-dessus des attentes (4,0% A/A vs. consensus +3,6%). Cette surperformance, la Chine la doit à son activité commerciale et notamment des exportations records sur la fin d'année. Tout n'est cependant pas aussi rose que cela en a l'air comme en témoigne la prolongation de la dynamique baissière des ventes au détail et des investissements en capitaux fixes qui reflètent à la fois l'impact négatif d'Omicron et des restrictions sanitaires sur la consommation domestique mais aussi les difficultés financières persistantes du secteur immobilier chinois. Les autorités chinoises ne s'y trompent pas et la banque centrale a décidé de réduire ce matin pour la 1ière fois depuis avril 2020 deux de ses taux d'intérêt pour soutenir son économie. Si le yuan reste bien valorisé d'un point de vue historique, un retournement graduel de trajectoire haussière face à l'euro pourrait s'observe sur 2022 sous l'effet d'une politique monétaire plus accommodante en Chine et d'une économie chinoise moins florissante.


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