Actualités du marché des devises

janv. 14, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Des marchés sur les nerfs mais toujours pas de réponses du dollar,  le rouble sous pression et un yuan soutenu par les records commerciaux

  

Tendance du jour : le retour hier de la nervosité sur les marchés actions américains et notamment le décrochage significatif des valeurs technologiques (-2,5% pour l'indice Nasdaq) s'est propagé ce matin en Asie et se déverse également en Europe. Cela impacte directement la volatilité sur les marchés des changes, le yen étant orienté à la hausse (130 ¥) et le dollar australien à la baisse (1,5750 A$). Le dollar américain (1,1450 $) n'en profite pas et reste fragilisé face à l'euro en amont d'une séance qui s'annonce riche en publications économiques aux Etats-Unis (ventes au détail, confiance des ménages et production industrielle). Les devises pétrolières telles que le loonie canadien (1,43 C$) ou la couronne norvégienne (9,94 NOK) ne sont pas perturbées le moins du monde, et pour cause les prix du pétrole continuent de grimper et l'indice Brent remonte ce matin à 85 $. Après sa déconvenue de la veille (pire séance depuis mars 2020), le rouble russe (87 RUB) retrouve quelques couleurs mais reste néanmoins très sensible au contexte géopolitique et aux tensions entre la Russie et les Etats-Unis autour de l'Ukraine. La devise ukrainienne reste quant à elle sur la défensive et tutoie ce matin ses plus bas niveaux depuis 4 mois (32 UAH). Alors que la hausse de la nervosité financière pénalise les devises émergentes, notamment les devises sud-américaines et asiatiques face à l'euro, le yuan fait preuve de résilience et s'appuie sur la publication ce matin de résultats commerciaux inédits. La Chine a fini en trombe 2021 qui restera comme une année record (surplus commercial de 676 Mds$).

 
EUR/USD - Une première hausse de taux en mars qui se précise aux Etats-Unis, le dollar reste toujours sur la défensive (+0,1% hier) : au lendemain de la publication des chiffres d'inflation aux Etats-Unis qui ont mis en lumière une poussée des prix en décembre à un pic de près de 40 ans de 7%, plusieurs membres de la réserve fédérale américaine ont apporté leur soutien à une première hausse de taux dès le mois de mars. Il semble se dessiner un certain consensus autour de cette décision, laquelle est déjà intégrée par les marchés qui estiment désormais à 85% la probabilité de réalisation de ce scénario (source CME FedWatch Tool). Face à la perspective d'une remontée des taux américains qui ne fait désormais plus de doute, les investisseurs semblent également s'aligner sur une stratégie commune : vendre des bons du Trésor américain pour acheter de la dette émergente qui offre des rendements plus rémunérateurs. Cette stratégie se répercute sur la valeur du dollar qui est fragilisée sur ce début d'année. L'indice dollar accuse un repli de -1,6% sur les 5 dernières séances et amorce la journée de vendredi sur la défensive. Le taux EUR/USD conforte ainsi sa position au-dessus de 1,14 $ et coince pour le moment à franchir le palier de 1,15 $. Une fois n'est pas coutume, les regards seront aujourd'hui principalement tournés vers les Etats-Unis où l'agenda économique est assez dense avec la publication des statistiques de ventes au détail, de production industrielle et les premières estimations de l'indice Michigan sur la confiance des ménages. Ces données seront l'occasion de mesurer l'impact de l'inflation et de la nouvelle vague Omicron sur le comportement d'achat des ménages mais aussi sur l'activité industrielle. Le consensus est guère optimiste puisqu'il table sur une absence de croissance des ventes en décembre et un léger recul de la confiance des ménages sur janvier. D'un côté, cela peut donner l'occasion au dollar de se reprendre en cas de surprises positives.

 
EUR/GBP - Un rebond correctif de l'EUR/GBP qui peine à se matérialiser (+0,0% hier) : dans la continuité de la séance de mercredi, le taux EUR/GBP a une nouvelle fois tenté de rebondir mais en vain. L'euro n'arrive pas à prendre le dessus sur la livre sterling et a toutes les peines du monde à se rapprocher du seuil de 0,84 £ qui n'a plus été atteint depuis la 1ière séance de l'année (3 janvier 2022). Alors que les médias britanniques continuent de largement couvrir un possible départ de Boris Johnson du gouvernement après les nouvelles révélations faites cette semaine sur sa participation à une fête organisée en plein confinement au printemps 2020, la livre sterling ne bronche pas. Il faut dire que la poussée du taux GBP/USD à un pic depuis octobre dernier assure un certain appui à la livre sterling qui se reflète sur le manque de dynamisme actuel de la paire EUR/GBP. Les bons résultats économiques publiés ce matin au Royaume-Uni où l'on observe notamment un rebond deux fois plus important que prévu de l'économie au mois de novembre (+0,9% M/M vs. consensus +0,4%) grâce à l'appui entre autres d'un large rebond de la production industrielle (+1,0% M/M vs. consensus +0,2%) et des constructions (+3,5% M/M vs. consensus +0,5%) constituent un autre frein à une expansion de la paire EUR/GBP. Il ne serait pas surprenant donc de voir cette dernière rester coincée une séance de plus dans le couloir de 0,8320-0,8370 £ comme c'est le cas depuis maintenant 7 séances.

 
EUR/JPY - Le nouveau coup de froid sur les marchés actions américains profite au yen (-0,3% hier) : comme on a l'habitude de le voir depuis le début de l'année, quand les marchés actions performent bien le yen a tendance à reculer et quand ils se contractent la devise japonaise en profite pour rebondir. C'est exactement ce qui s'est passé hier en marge d'une sévère correction subie par les indices boursiers américains, l'indice principal S&P 500 cédant -1,4% et l'indice de valeurs technologiques Nasdaq subissant lui un repli de -2,5% et clôturant à un creux de 3 mois. Il n'y a pas eu de réels éléments déclencheurs de ce repli, il s'agit davantage d'une tendance de fond et d'un changement de stratégie général des investisseurs qui face à la perspective d'une remontée rapide des taux aux Etats-Unis ont tendance désormais à privilégier les actifs "à valeur" plutôt que les actifs " de croissance" dont les entreprises du secteur technologique font partie. Alors que la nervosité des bourses américaines a gagné ce matin les marchés asiatiques et risque de s'étendre à l'Europe, le yen poursuit sa remontée ce vendredi et repasse sous le seuil de 130,5 ¥. Si la bonne dynamique de l'euro permet au taux EUR/JPY de limiter la casse pour le moment, la paire de change n'échappera pas à un mouvement de repli plus prononcé si la panique commence à gagner les marchés financiers. Outre le changement probable des conditions monétaires aux Etats-Unis, les tensions entre la Russie et les Etats-Unis et les risques d'intervention militaire russe en Ukraine est un autre facteur de stress qui pourrait servir de tremplin au yen pour monter plus haut.

 
EUR/CHF - Le stress des marchés financiers se répercute (enfin) sur le franc (-0,2% hier) : comme le yen, le franc suisse a très largement bénéficié de son statut de valeur refuge dans un contexte de marché baissier. Résultat, le franc a enchaîné une 3ième séance consécutive de hausse face à l'euro qui l'a fait clôturer à son plus haut de la semaine à moins de 1,0450 ₣. Contrairement à son homologue japonais, le franc perd du terrain face à l'euro et ne prolonge pas son mouvement haussier malgré une ouverture des marchés actions européens à la baisse (-0,5% pour l'indice Stoxx 600). Cette résilience de la paire EUR/CHF peut indirectement témoigner d'une plus large confiance des acteurs financiers à l'égard de l'euro malgré le stress ambiant. Néanmoins, tout peut aller très vite dans l'autre sens et l'on garde un œil à cet égard sur les problématiques énergétiques qui risquent de frapper l'Europe cet hiver alors qu'il se confirme de jour en jour que la Russie a considérablement réduit ces dernières semaines ses approvisionnements en gaz dans la région. Un manque de capacité de production d'électricité pourrait avoir des répercussions sur l'économie européenne en cas de forte consommation cet hiver.

 
EUR/CZK - Large correction technique de la couronne tchèque après avoir gravi des sommets (+1,0% hier) : le retour de la nervosité sur les marchés actions s'est répercuté sur la demande en actifs émergents, les devises ayant le mieux performé lors des dernières semaines enregistrant un mouvement correctif plus ou moins fort. C'est le cas de la couronne tchèque qui s'est déprécié de -1% face à l'euro après avoir grimpé la veille à un nouveau pic de 9 ans à moins de 24,3 CZK. La couronne tchèque est l'une des devises qui a le mieux performé entre la fin d'année dernière et le début d'année, en témoigne son rebond de plus de 5% enregistré en près de 7 semaines face à l'euro avant la séance de jeudi. Pas de panique, la couronne tchèque ne prolongeait pas ce vendredi matin sa chute mais tentait au contraire d'effacer un peu les pertes de la veille. Le taux EUR/CZK s'échangeait ce matin à un peu plus de 24,5 CZK, ce qui reste un niveau que l'on n'avait pas atteint avant cette année depuis 2012.

 
EUR/RUB & EUR/UAH - Face à des pourparlers au point mort, le rouble russe et la hryvnia ukrainienne tournent de l'œil (+2,5% & +1,1% hier) : les différentes discussions réalisées cette semaine entre les Etats-Unis, la Russie et l'OTAN n'ont rien donnée, chaque partie restant campée sur ses positions et refusant de faire de compromis. Les Américains refusent d'imposer un véto sur l'intégration de pays de l'ancien bloc soviétique au sein du traité nord-atlantique tandis que les Russes refusent de promettre qu'ils n'envahiront pas l'Ukraine, même si officiellement ils n'ont jamais communiqué qu'ils en avaient l'intention. Bien que le dialogue ne soit pas rompu, les pourparlers sont au point mort pour le moment et la menace d'une intervention militaire russe en Ukraine continue de planer. Pour éviter ce scénario et afin de faire pression sur la Russie, les Etats-Unis pressent désormais l'Europe de s'aligner avec eux sur une série de sanctions à adresser à la Russie si jamais la situation venait à déraper. Alors que l'on espérait une issue positive cette semaine, on se prépare désormais au pire, ou un changement d'état d'esprit qui se répercute sur les marchés des changes. Le rouble russe a subi hier sa pire séance depuis mars 2020 face à l'euro et s'est déprécié de -2,5% pour clôturer la journée à son plus bas niveau depuis près de 6 mois à 87,5 RUB. Si la hryvnia ukrainienne a enregistré hier des pertes plus modestes (-0,4%), elle a tout de même enchaîné une 3ième séance consécutive de recul et accumule plus de -2% de pertes depuis mardi. La devise reste sur la défensive ce matin et tutoie ses plus bas niveaux depuis 4 mois à 32 UAH.

 
EUR/CNH - La Chine finit l'année 2021 en beauté et signe deux records (+0,1% hier) : la balance commerciale chinoise a enregistré au mois de décembre son plus large surplus de son histoire (+94,5 Mds$) grâce à l'appui notamment d'exportations toujours très florissantes (+4,3% M/M) mais aussi d'un recul des importations (-3,3% M/M) très probablement causée par la baisse d'activité relative à l'arrivée d'Omicron en Chine et des restrictions imposées par le gouvernement en retour. La Chine signe en 2021 son année la plus prolifique de son histoire en termes de revenus commerciaux, le pays enregistrant un surplus historique de 676 Mds $, soit une hausse de +29% par rapport à 2020 et un volume supérieur de 14% au précédent record enregistré en 2015. Sur la défensive sur ce début d'année face au réveil de l'euro comme en témoigne son repli de -1,3% sur les 7 dernières séances, le yuan retrouve un peu d'allant en écho à ces records. Le surplus commercial courant est un atout sur lequel la devise chinoise s'est appuyée l'année dernière pour se renforcer face à l'euro et au dollar, en dépit même des signaux de ralentissement de l'économie ou des difficultés financières du secteur immobilier. On attend avec grande impatience la publication lundi des résultats officiels de l'économie chinoise au 4ième trimestre 2021 ainsi que les statistiques de ventes au détail et de production industrielle de décembre.


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