Actualités du marché des devises

janv. 13, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L'inflation américaine ne provoque pas d'ondes de choc : le dollar se contracte à un creux de 2 mois (1,15 $)

  

Tendance du jour : on craignait que les nouveaux chiffres d'inflation aux Etats-Unis provoquent une nouvelle onde de choc sur les marchés financiers, or il n'en fut rien. Les rendements obligataires américains ont légèrement dégonflé et les marchés actions ont plutôt bien résisté à la hausse des spéculations monétaires autour d'une possible 4ième hausse de taux cette année aux Etats-Unis. Le dollar est le grand perdant de la journée d'hier et subi une large décompression qui l'envoie à un plus bas depuis 2 mois face à l'euro (1,15 $). Le yen reste décoté également (131 ¥), tandis que le franc est sur courant alternatif. La couronne norvégienne est l'autre grand gagnant de cette semaine et s'appuie sur le rebond du pétrole à un pic de 2 mois. Les devises cycliques (AUD, NZD) profitent pleinement de cette résilience des marchés actions. La perte de vitesse du dollar profite aux devises émergentes, et à ce jeu le forint hongrois continue d'impressionner même s'il subit ce matin une vive correction (-0,7% à 354,5 HUF). La livre turque (15,5 TRY) fait le yoyo et pâtit de la défiance générale des investisseurs malgré les promesses faites hier par le président turc de s'attaquer à l'inflation. En Asie, on observe un mouvement correctif sur la roupie indienne (85 INR) qui se prolonge ce jeudi alors que cette dernière avait grimpé en début de semaine à un pic de 19 mois face à l'euro à près de 83,5 INR.

 
EUR/USD - Un pic d'inflation atteint ? Les marchés semblent le penser, le dollar se contracte vivement en retour (+0,7% hier) : les chiffres sont vertigineux et ont quoi donner le tournis. L'inflation générale aux Etats-Unis a grimpé en décembre à un nouveau pic de 39 ans de 7% (contre 6,8% en novembre), l'indice sous-jacent a lui atteint le mois dernier un pic de 30 ans à 5,5% (contre 4,9% en novembre). Certains observateurs pensaient (espéraient) que l'inflation générale ressortirait à un niveau encore plus élevé que celui publié hier, ce qui aurait davantage accrédité la thèse d'une première hausse de taux en mars et d'un probable début avant l'été d'une opération de réduction du bilan de la Fed, lequel a littéralement doublé durant les deux ans de pandémie pour atteindre un niveau record de 8,8 Trn$. De surprises, il n'en a pas vraiment eu hier, d'où vive la correction du dollar face à l'euro, lequel a subi sa pire contraction journalière depuis un mois (-0,7%). Le taux EUR/USD a franchi un cap à 1,14 $, ou un seuil contre lequel la paire de change butait depuis maintenant 2 mois. Certains observateurs jugent qu'un pic a peut-être été atteint au niveau de l'inflation et qu'une décélération devrait s'observer dès le début d'année 2022. Il est encore trop prématuré pour tirer de telles conclusions sachant que l'on ignore encore les effets véritables de la vague Omicron sur les prix. De prime abord, on peut penser que les pressions sur les prix restent fortes compte tenu de la hausse significative des prix de l'énergie sur ce début d'année, et surtout de l'augmentation des pénuries de main d'œuvre provoquée par la propagation rapide du nouveau variant aux Etats-Unis. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, la chute du dollar coïncide avec la montée des spéculations sur les marchés monétaires autour d'un scénario de possible 4ième hausse de taux cette année aux Etats-Unis. Les positions actuelles suggèrent que les marchés ont déjà intégralement intégré une hausse de taux en mars, en juin et en septembre mais et estiment par ailleurs qu'il y a de fortes chances qu'un nouveau resserrement monétaire soit opéré en décembre. Au regard des turbulences survenues la semaine dernière, les marchés actions américains ont peu été perturbés hier et fait preuve d'une certaine résilience, ce qui peut également expliquer la raison pour laquelle le dollar a contre-performé. Le dollar peut-il se contracter davantage malgré un avantage monétaire clair par rapport à l'euro ? On peut en douter mais force est de constater que l'EUR/USD poursuit sa hausse ce matin et prend la direction de 1,15 $ en amont d'une séance qui sera principalement marquée par la publication aux Etats-Unis de nouveaux indicateurs de prix (indices PPI) et des traditionnelles statistiques hebdomadaires d'inscription aux allocations chômage. On aura également un œil sur l'audition de Lael Brainard, principale concurrente à l'époque pour contester un second mandat de J. Powell à la tête de la Fed et qui va prochainement prendre le rôle de vice-présidente de l'institution monétaire américaine. Ce sera l'occasion de voir sa position concernant la stratégie monétaire à adopter lors des prochains mois.

 
EUR/GBP - La livre sterling cale, l'euro n'en profite pas (+0,2% hier) : depuis la chute en ce début d'année du taux EUR/GBP à un plus bas depuis 23 mois à presque 0,83 £, la paire de change fait du quasi-surplace et oscille depuis 6 séances entre 0,8320 et 0,8370 £ (+/- 0,6%). La poussée de l'EUR/USD n'a pas eu - ou peu - de réelles influences sur la paire EUR/GBP. Ni la gronde qui monte au Royaume-Uni contre Boris Johnson, ni le retour dans l'actualité du Brexit avec l'organisation ce jeudi d'une première rencontre sur ce thème entre le nouveau négociateur britannique depuis la démission de David Frost, l'actuel ministre des Affaires étrangères Liz Truss, et le vice-président de la Commission européenne ne semblent avoir de prises sur la volatilité de la livre sterling. Les marchés semblent attentistes sur ces sujets qui apparaissent pour l'heure secondaire par rapport au volet monétaire. Le spectre d'un changement de gouvernance outre-Atlantique en cas de départ (volontaire ou forcé) de Boris Johnson ou l'émergence de nouvelles tensions entre Londres et Bruxelles pourraient changer la donne.

 
EUR/JPY - L'inflation américaine ne provoque pas de vagues sur les marchés, statu quo pour le yen (+0,0% hier) : malgré la publication d'une nouvelle poussée de l'inflation américaine à un pic de presque 40 ans et la hausse dans la foulée des spéculations sur les marchés monétaires d'un scénario de possible 4ième hausse de taux cette année aux Etats-Unis, les marchés américains se sont plutôt bien tenus. L'indice principal S&P 500 a même fini dans le vert (+0,3%), tout comme d'ailleurs l'indice de valeurs technologiques Nasdaq (+0,4% hier). Ils ont bien été aidés par le repli hier des rendements obligataires qui n'ont pas été sensibles aux anticipations monétaires. Si le yen a limité les pertes hier, il reste tout de même sur la défensive face à l'euro et consolide sa position ce matin à plus de 131 ¥. On observe un plafond au-dessus de la tête de la paire EUR/JPY situé à 131,6 ¥ et qui n'a pas été franchi depuis plus de 2 mois. Cela peut expliquer les difficultés rencontrées par la paire de change à grimper plus haut malgré un EUR/USD en grande forme.

 
EUR/CHF - Incapable de s'écarter du seuil de 1,05 ₣, le taux EUR/CHF recule (-0,4% hier) : il n'y a pas particulièrement de mauvaises nouvelles qui peuvent expliquer le mouvement de repli de l'euro face au franc, lequel paraît étrange dans la mesure où l'euro a à l'inverse très bien performé hier face au dollar et a conservé une orientation haussière face au yen. Aussi, le recul survenu mercredi pourrait être purement technique et résulté d'un sentiment de frustration des acteurs de marché de voir la paire EUR/CHF incapable de s'écarter du seuil de 1,05 ₣ qu'il a rejoint lundi. Dans sa chute, le taux de change a pu compter sur la présence d'un support situé à 1,0450 ₣ pour limiter les pertes. La déconvenue de la veille semble déjà oubliée ce matin puisque le taux repartait de l'avant.

 
EUR/NOK - Le pétrole prolonge son rebond, la couronne continue sa progression (-0,6% hier) : dans la continuité de la séance de mardi, la couronne norvégienne a prolongé son rebond face à l'euro et a atteint hier un pic de presque 2 mois à quasiment 9,91 NOK. Surfant sur le rebond des prix du pétrole qui sont remontés hier en Europe à leur plus haut niveau depuis 2 mois à plus de 85 $ le baril de brut, la couronne norvégienne a désormais retracé plus des deux tiers des pertes subies entre octobre et décembre et semble prendre une nouvelle trajectoire haussière. Celle-ci pourrait s'accélérer dans les prochains jours si jamais la banque centrale norvégienne venait à créer la surprise et annoncer la semaine prochaine (réunion monétaire le 20 janvier) une nouvelle hausse de taux alors qu'elle avait communiqué précédemment en décembre sur une intervention plutôt en mars. Un support s'observe à 9,85 NOK et pourrait contenir dans un premier temps les assauts de la couronne. Cette dernière perd un peu de terrain face à l'euro ce matin alors que les prix du pétrole stagnent ce jeudi.

 
EUR/HUF - Le forint ne s'arrête plus (-1,1% hier) : Reçu 8 sur 8. Le forint hongrois a enchaîné hier une 8ième séance consécutive de hausse face à l'euro et a porté à +4,5% ses gains sur cette période. Le franchissement mardi d'un seuil technique majeur - la moyenne mobile 200 jours - et l'incapacité démontrée hier par le taux de change à remonter au-dessus de ce niveau a constitué un signal haussier sur le forint. Le maintien par ailleurs par la banque centrale d'un taux de dépôt à 1 semaine à un niveau bien plus important que le taux directeur principal (4,0% vs. 2,4%) afin de contenir que la devise subisse de trop fortes fluctuations constitue un facteur d'attractivité majeur pour le forint auprès des acheteurs. Le forint est, plus que jamais, la devise qui enregistre le meilleur début d'année et a grimpé hier à un nouveau pic de 3 mois à moins de 353 HUF. La devise hongroise corrige néanmoins vivement ce matin (-0,5% à 354,5 HUF) en écho au choix de la banque centrale de maintenir son taux de dépôt à 1 semaine inchangé à 4% alors que plusieurs observateurs imaginaient une nouvelle hausse de ce dernier.

 
EUR/TRY - Erdogan veut s'attaquer à l'inflation, la livre turque nourrit de nouveaux espoirs (-3,6% hier) : le président turc Recep Tayyip Erdogan a indiqué hier qu'il souhaitait s'attaquer au problème de l'inflation, laquelle a atteint en décembre un pic de 19 ans de 36%. Selon lui, le niveau d'inflation affiché n'est pas "en ligne avec la réalité" et que les mesures prises par le gouvernement devraient permettre de faire dégonfler les prix. Si les marchés ont accueilli hier favorablement ces annonces, des doutes subsistent néanmoins quant aux efforts réellement déployés par Ankara pour inverser la spirale inflationniste actuelle qu'elle a elle-même alimenté en brisant la confiance des marchés et forçant la banque centrale à réduire considérablement ses taux directeurs l'année dernière (-500 pbs en 2021). La livre sterling fait le yoyo, et après un bond de 3% la veille elle reperdait ce matin près de 2% face à l'euro, consolidant ainsi sa position au-dessus du seuil de 15,0 TRY. Les effets d'annonce ne sont pas suffisants pour restaurer la confiance, il va falloir pour cela que les autorités turques prennent des mesures concrètes. Cela doit passer par un arrêt du cycle de baisse des taux directeurs. On surveillera donc très attentivement la première réunion monétaire de l'année en Turquie programmée le 20 janvier prochain.


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