Actualités du marché des devises

janv. 12, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Des marchés frappés d'attentisme avant l'inflation américaine,  les devises pétrolières acclament la forte poussée des prix du baril

Tendance du jour : hormis la couronne norvégienne qui poursuit sa remontée de la veille grâce à l'appui d'un rebond du pétrole à un pic de 2 mois, c'est le calme plat qui règne sur les marchés des changes ce matin, notamment au niveau des devises du G10. Il semble régner un certain attentisme en amont de la publication en début d'après-midi des nouveaux chiffres officiels d'inflation aux Etats-Unis, lesquels devraient abreuver les débats actuels autour d'une possible accélération du processus de réduction du soutien monétaire par la réserve fédérale américaine. Pour l'heure, les spéculations de possible hausse de taux en mars aux Etats-Unis n'ont pas réellement réussi à emballer le dollar, lequel s'est à nouveau contracté hier face à l'euro (1,14 $). Le yen fait le yoyo en écho aux changements d'humeur des marchés sur ce début d'année qui sont sur courant alternatif, tantôt optimiste et tantôt craintif. La livre sterling reste solidement valorisé malgré la poussée des voix au Royaume-Uni réclamant la démission de Boris Johnson. Au sein des devises émergents, si on a loué le bon début d'année des devises d'Europe de l'Est, il faut également noter la bonne conduite également du rand sud-africain qui continue sa progression ce matin et tutoie ses plus hauts niveaux depuis 2 mois face à l'euro (17,6 ZAR).

 
EUR/USD - Jerome Powell caresse les marchés dans le sens du poil, le dollar se rétracte à nouveau (+0,4% hier) : au fil des jours, on voit poindre un certain consensus au sein de la réserve fédérale américaine autour d'un scénario de première hausse de taux en mars pour venir dégonfler des pressions inflationnistes déjà excessivement fortes aux Etats-Unis (pic de 39 ans recensé en novembre à 6,8%) et qui semblent s'être à nouveau renforcées sur la fin d'année dernière sous l'emprise de l'arrivée du variant Omicron. En effet, si l'on en croit le consensus économique, l'inflation américaine sur le mois de décembre, dont les résultats seront publiés en début d'après-midi ce mercredi, est attendue à 7%. Hier deux membres du comité directeur de la banque centrale américaine, le président de l'antenne régionale d'Atlanta Raphael Bostic et celle de l'antenne de Cleveland Loretta Mester, ont publiquement soutenu une stratégie de premier resserrement monétaire en mars, tandis que leur homologue à Kansas City Esther George a évoqué hier l'importance de réduire le bilan de 8,8 Trn$ "de manière précoce plutôt que tardivement". Auditionné hier par une commission du Sénat dans le cadre de la reconduction de son mandat à la tête de la Fed, le président de la banque centrale américaine Jerome Powell a abondé dans le sens que l'économie américaine n'avait plus besoin d'une politique monétaire aussi expansionniste qu'elle ne l'est aujourd'hui et qu'une remontée des taux directeurs et une réduction du bilan sont nécessaires pour combattre l'inflation. Néanmoins, le banquier central américain est, contrairement à ses collègues, resté vague quant au timing d'une première hausse de taux et a tenu à indiquer également qu'il n'avait pas l'intention de prioriser la stabilité des prix au plein emploi, qui est l'autre objectif inscrit au mandat de la Fed. En maintenant délibérément le flou autour d'une décision qui est pourtant aujourd'hui très largement anticipée par les marchés monétaires (probabilité de hausse de taux en mars évaluée à plus de 80% hier et à 75% ce matin), le banquier central américain veut laisser penser que rien n'est joué d'avance et que la politique monétaire n'est pas en pilotage automatique mais bien dépendante des fondamentaux qui peuvent encore évoluer dans les semaines et mois à venir. En jouant la carte de la prudence, Powell a indirectement rassuré les investisseurs, et par effet corolaire pénalisé le dollar. Le taux EUR/USD est remonté hier au-dessus du seuil de 1,1350 $ et se retrouve à nouveau sur les hauteurs du couloir de fluctuation de 1,12-1,14 $ qui encadre ses mouvements depuis presque 2 mois. La séance de mercredi sera essentiellement dominée par les réactions aux nouvelles données d'inflation aux Etats-Unis, lesquelles si elles ressortent au-dessus des attentes pourraient donner lieu à d'importants mouvements sur les marchés obligataires. Reste à savoir si le dollar sera cette fois sensible à une potentielle nouvelle poussée des rendements américains. Un ralentissement surprise de l'inflation aux Etats-Unis pourrait faire dégonfler l'emballement récent autour des choix de la Fed et d'un cycle de normalisation monétaire accéléré outre-Atlantique, et ainsi envoyer l'EUR/USD tester le seuil de 1,14 $.

 
EUR/GBP - La perte de confiance envers la gouvernance de Boris Johnson peut-elle freiner l'ascension de la livre sterling ? (-0,0% hier) : cette question mérite d'être posée alors que deux enquêtes d'opinion publiées hier indiquent que l'opinion est favorable à un départ du premier ministre britannique qui est accusé d'avoir assisté le 20 mai 2020 à une fête (ou "garden party") alors que le pays était sous le coup à l'époque de restrictions sanitaires. Ce n'est pas le premier écart de conduite dont est accusé le chef de l'Etat britannique puisque des rumeurs de réunions festives sans mesures de distanciation sociale sur la période de Noël 2020 pèsent sur lui. Selon l'enquête réalisée par l'institut de sondage Savanta ComRes, 66% des sondés (sur un total de 1040) estiment que Johnson doit quitter le gouvernement. L'enquête réalisée par l'institut YouGov pour la chaîne de télévision SkyNews indique que 56% des citoyens sont favorables à son départ. Si l'opposition travailliste plaide également pour une démission de Johnson, l'inquiétude est également palpable dans le camp conservateur à en croire les bruits de couloir au Parlement. Le journal britannique The Guardian indique qu'il nécessite que 54 députés conservateurs envoient une lettre réclamant la démission du premier ministre britannique auprès du président du comité 1922 pour organiser un vote de confiance au Parlement. En cas de résultat en sa défaveur, Boris Johnson serait alors forcé de quitter le gouvernement et le parti conservateur devrait alors se trouver un nouveau dirigeant pour piloter le pays. Si un tel scénario venait à se produire, il n'est pas certain que la livre sterling traverse sereinement la période. Pour le moment, le volet monétaire prend le pas sur les risques politiques et la devise britannique garde l'avantage sur l'euro. Actuellement à un plus bas depuis février 2020, le taux EUR/GBP limite néanmoins les pertes en s'appuyant pour le moment sur le support de 0,83 £ qui bloque une ascension plus ample de la livre.

 
EUR/JPY - Le yen fait le yoyo face aux changements fréquents d'humeur des marchés (+0,5% hier) : après un solide rebond mardi, le yen n'enchaîne pas et a au contraire retracé la totalité de ses gains lors d'une séance mardi dominée par un large retour au calme sur les marchés financiers après les secousses subies lundi. La résilience des marchés actions à limiter les pertes malgré la hausse significative des rendements obligataires et des taux réels aux Etats-Unis, mais aussi les propos hier du président de la Fed maintenant le flou sur la date de la première hausse de taux que beaucoup d'observateurs anticipent déjà pour mars, ont endommagé la demande en yen. Le taux EUR/JPY est ainsi remonté au niveau de 131 ¥, et s'y maintient ce matin. Il faudra surveiller ce mercredi les réactions de marché aux nouveaux chiffres d'inflation aux Etats-Unis, un regain de nervosité en cas de remontée des rendements obligataires américains n'étant pas à exclure. Cela serait bénéfique au yen.

 
EUR/CHF - Le franc suisse fait une pause dans sa chute (-0,0% hier) : après quatre séances consécutives de recul face à l'euro, une correction de plus de +1,5% et une chute à un creux de 7 semaines de 1,05 ₣, le franc a temporairement stoppé l'hémorragie et fait une pause dans sa chute. Alors que l'on aurait pu penser voir un rebond correctif du franc, il n'en a rien été et la paire EUR/CHF se maintient pour le moment à proximité du seuil de 1,05 ₣. Le retour au calme sur les marchés financiers depuis hier est un élément défavorable au franc, néanmoins l'absence de nouveaux catalyseurs haussiers sur l'euro, la faute principalement à un calendrier économique en Zone Euro très restreint sur ce début de semaine, n'aide pas l'EUR/CHF à monter encore plus haut.

 
EUR/NOK - Le rebond du pétrole à un pic de 2 mois tire la couronne vers le haut (-0,7% hier) : grâce à l'appui d'un rebond de +3,5% des prix du pétrole hier, la couronne norvégienne s'est vivement renforcée face à l'euro et a clôturé la séance sous le seuil de 10,0 NOK pour la 1ière fois en 2022. Les prix de l'or noir ont positivement réagi aux propos du président de la banque centrale américaine Jerome Powell pour qui ni le durcissement des conditions monétaires, ni la vague de variants Omicron ne devraient provoquer un déraillement de l'économie. Et pourtant, des zones d'ombre subsistent autour de l'état de l'économie mondiale et sa capacité à endurer une remontée des taux de crédit et le maintien de fortes pressions sanitaires sur ce début d'année. La Banque Mondiale a d'ailleurs publié hier une estimation de croissance pour 2022 revue à la baisse par rapport à sa précédente estimation réalisée en juin, de 4,3% à 4,1%. Le trafic aérien est de son côté loin d'un retour à la normale en raison des restrictions sanitaires qui persistent dans le monde à cause du déferlement de cas Omicron. Quant aux capacités de production industrielle, elles sont sous pression en raison des nombreuses pénuries de main d'œuvre provoquées directement (arrêts maladie) ou indirectement (vague de démission) par la pandémie. En plus du pétrole, la couronne norvégienne dispose d'un avantage monétaire acquis par le démarrage dès l'année dernière d'un cycle de hausse de taux en Norvège (2 hausses de 25 pbs en 2021, taux directeur actuellement à 0,5%). Le taux EUR/NOK se voit amorcer un mouvement de repli qui l'emmène tester ce matin le seuil de 9,95 NOK, lequel fait office de support du cours de change depuis la mi-novembre.

 
EUR/HUF - Le forint conforte son statut de top performeur de l'année (-0,3% hier) : après seulement 7 jours en 2022, le forint a déjà engrangé +3,5% de gains face à l'euro, ce qui fait de la devise d'Europe de l'Est le top performeur de l'année, devant le rand sud-africain et le peso chilien. Après avoir titillé sur la fin d'année dernière ses plus bas historiques face à l'euro, le forint hongrois s'établit désormais à un pic de 3 mois à moins de 357 HUF.

 
EUR/BRL & EUR/COP - Large rebond du réal brésilien grâce à l'inflation, du peso colombien grâce au pétrole (-1,3% et -1,1% hier) : la publication hier de chiffres d'inflation au Brésil légèrement au-dessus des attentes - dynamique annuelle toujours supérieure à 10% malgré les récentes hausses de taux - a nourri hier les spéculations autour d'une nouvelle intervention de la banque centrale brésilienne sur ce début d'année. Relativement à la peine sur ce début d'année face à l'euro, le réal brésilien a profité d'un rebond de plus de 1% hier pour clôturer à un plus haut en 2022 à près de 6,33 BRL. Le peso colombien a lui aussi engrangé plus de 1% de gains hier face à l'euro sous l'impulsion de la forte poussée des prix du pétrole de près de 4%, ce qui a value au taux EUR/COP de clôturer lui aussi à son plus bas niveau de l'année à presque 4530 COP.


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