Actualités du marché des devises

août 30, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La prudence de la Fed dope le risque, les marchés gardent un oeil sur l'Afghanistan et la tempête Ida

Tendance du jour : les effets positifs sur les marchés provoqués par la communication prudente de Jerome Powell vendredi à Jackson Hole se prolonge légèrement ce lundi matin, ce qui permet ainsi de contrebalancer avec les risques sanitaires toujours importants mais aussi les risques géopolitiques en Afghanistan et les nouveaux risques climatiques émanant de l'arrivée dimanche d'un fort ouragan aux Etats-Unis. Si le dollar et le yen sont en retrait ce matin, les pressions baissières sont modestes. Malgré le repli des cours du pétrole ce matin, plusieurs devises pétrolières sont orientées à la hausse comme la couronne norvégienne qui poursuit sa remontée et tutoie ce matin un pic de 7 semaines face à l'euro (10,25 NOK). On relève également ce matin le coup de moins bien du franc suisse (-0,5% à 1,08 ₣) après la publication ce matin de la première hausse des dépôts à vue au sein de la Banque Nationale Suisse pour la première fois depuis 6 semaines. Certains y voient là un signe d'une intervention de la banque centrale pour calmer les ardeurs du franc.

 
EUR/USD - Le dollar pénalisé par l'approche prudente de la Fed : il était très attendu par les investisseurs, le discours du gouverneur central américain Jerome Powell a une nouvelle fois pris les marchés à contre-pieds. Ce dernier a fait aucune référence à une action de "tapering" à venir et au contraire appelé à rester prudent face à la remontée des contaminations aux Etats-Unis. Selon lui, il faut rester patient pour prendre le temps d'évaluer les impacts du regain de vigueur de la pandémie sur l'économie. Aucune intention de se précipiter à opérer un virage monétaire sans avoir la certitude que l'horizon de risque est dégagé. Par ailleurs, il ne faut pas considérer la hausse des prix comme un facteur susceptible d'influencer l'agenda de la Fed puisque pour le moment Powell maintient son analyse et considère l'inflation actuelle comme "transitoire". Ironie de l'histoire, cette nouvelle déclaration coïncide avec la publication vendredi dernier d'une nouvelle accélération en juillet de la croissance annuelle de l'indice de prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) à un pic de 30 ans de 4,2%. La Fed se trompe-t-elle dans son évaluation des risques d'inflation ? L'avenir le dira mais pour le moment force est de constater que l'aspect sanitaire a davantage d'importance que l'aspect des prix dans l'esprit de Powell, ce qui laisse suggérer le maintien pendant encore quelques semaines, voire mois, de conditions monétaires inchangées aux Etats-Unis. Les spéculations de hausse prématurée de taux à horizon 2022 ont reculé vendredi, tout comme les rendements obligataires à court terme (-2,4pts pour le taux 2 ans). En proie à une correction baissière depuis le début de la semaine, le dollar a accentué son repli face à l'euro et chuté à un creux de 3 semaines à plus de 1,18 $. Le taux EUR/USD reste orienté à la hausse ce matin mais se casse les dents pour le moment sur cette barrière de 1,18 $. La semaine sera rythmée par un calendrier économique très chargé, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Zone Euro. Côté européen, on scrutera l'inflation (mardi) et le chômage (mercredi) tandis que côté américain l'attention se portera sur les résultats des enquêtes d'activité ISM (mercredi dans le secteur manufacturier et vendredi dans le secteur des services) et sur l'emploi (trois rapports publiés consécutivement entre mercredi et vendredi). Si la faiblesse passagère du dollar est un atout favorisant un rebond correctif plus important de l'EUR/USD, la paire de change reste toutefois freinée dans ses velléités d'ascension par une appétence réduite des acteurs de marché pour l'euro en raison des risques sanitaires et les tensions sur les approvisionnements qui s'exercent en Europe, mais aussi des incertitudes en marge des élections allemandes du 26 septembre prochain.

 
EUR/GBP - Une volatilité encore plus réduite que d'habitude : on aurait pu penser que l'effet de soulagement provoqué sur les marchés financiers par le ton prudent de Jerome Powell favoriserait un rebond de la livre sterling. Il n'en fut rien. La paire EUR/GBP, dont on a déjà évoqué le peu de volatilité depuis plusieurs mois, est depuis une semaine encore plus apathique que d'habitude. En effet, depuis lundi dernier la paire de change oscille dans une fourchette de prix très réduite de 0,8540-0,8600 £ (+/-0,7%). Comment expliquer que la livre sterling ait été aussi peu impacté par le rebond des marchés actions ? Une partie de la réponse se trouve possiblement dans la récente série d'articles financiers et indicateurs économiques qui illustrent les risques que font peser les tensions sur les approvisionnements sur l'économie britannique. La pénurie de main d'œuvre dans les transports par camion affecte actuellement les supermarchés, lesquels peinent à réapprovisionner leurs stocks de produit. L'industrie automobile souffre de la pénurie prolongée de puces électroniques en provenance d'Asie. La pénurie de conteneurs maritimes en Europe fait flamber les prix d'import mais aussi rallonge les délais de livraison. La Chine étant devenu ces dernières années le premier partenaire du Royaume-Uni à l'import devant l'Allemagne, cette stratégie a aujourd'hui à l'heure du COVID des répercussions économiques majeures. S'il ne faut pas enterrer la livre sterling, un rebond de cette dernière sous 0,85 £ à court terme apparaît bien moins évident que lors des précédentes semaines. Au contraire, on surveillera les éventuelles réactions de marché si jamais le taux EUR/GBP venait à franchir le seuil de 0,86 £.

 
EUR/JPY - La prudence de la Fed affecte le yen malgré de fortes tensions géopolitiques  : la devise japonaise a prolongé sa correction technique face à l'euro en marge du discours vendredi de Jerome Powell, le taux EUR/JPY s'installant confortablement au-dessus du seuil de 129 ¥. Les investisseurs craignaient une hausse de la volatilité en cas de signaux de la banque centrale américaine d'un changement de cap monétaire imminent, or ils n'ont pas eu lieu aussi un effet de soulagement général a alimenté une baisse de la demande pour le yen et son profil de valeur "refuge". Néanmoins, les pressions baissières sur la devise japonaise demeurent pour le moment plutôt modestes en raison de risques conjoncturels prévalant et susceptibles de perturber les conditions financières actuelles. Outre les risques sanitaires qui continuent d'alimenter allègrement les débats de marché, les tensions au Moyen Orient se font de plus en plus importantes après les nouvelles attaques terroristes du weekend en Afghanistan. Les risques climatiques ne sont pas à négliger non plus alors qu'un violent ouragan en provenance du Golfe du Mexique frappe actuellement la région Sud-Est des Etats-Unis (Louisiane). Celui-ci rappelle les mauvais souvenirs de l'ouragan Katrina qui 16 ans auparavant avait dévasté la Nouvelle-Orléans et causé plus de 1800 morts. Les dernières informations recueillies ce matin indiquaient une baisse d'intensité de l'ouragan, ce qui est une bonne nouvelle. En légère hausse ce matin, l'EUR/JPY reste sur ses gardes sous 130 ¥.

 
EUR/CAD & EUR/NOK - L'ouragan Ida tire les devises pétrolières vers le haut : les prix du pétrole reculent ce matin en écho à la publication des dernières informations concernant l'ouragan qui frappe actuellement la Louisiane. Initialement classé en catégorie 4 (sur 5) avec des vents de plus de 240km/h, le cyclone serait depuis redescendu en catégorie 2 (vents recensés à 180 km/h) d'après le centre national d'étude des ouragans aux Etats-Unis. Si la force de la tempête continue de dégonfler, les Etats-Unis pourraient alors éviter de subir d'importantes pertes humaines et dégâts matériels comme cela avait été le cas lors de l'épisode Katrina. Néanmoins, rien n'est moins sûr. Les opérateurs de marché sont plutôt optimistes ce matin, d'où le repli correctif des cours du brut qui intervient après un rebond de 10% la semaine dernière aux Etats-Unis, et de +12% en Europe. La couronne norvégienne fut l'un des meilleurs performeurs des marchés des devises la semaine dernière et a très largement surfé sur le rebond des cours du pétrole pour s'apprécier de presque +3% face à l'euro sur la semaine. Celle-ci reste orientée à la hausse ce matin et semble bénéficier de doutes persistant sur un possible impact de l'ouragan sur la demande pétrolière. Ainsi, le taux EUR/NOK recule à un creux de 7 semaines à 10,25 NOK ce lundi matin. Le dollar canadien est lui aussi légèrement orienté à la hausse et s'échange à moins de 1,49 C$ face à l'euro. Après un repli de plus de -2% face à l'euro, le loonie enregistre actuellement un rebond de +0,8% face à la devise commune et est en phase corrective.


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