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Actualités du marché des devises

janv. 18, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La croissance chinoise ne redonne pas le moral aux marchés

 

Tendance du jour

L’événement de la semaine sera incontestablement l’investiture de Joe Biden mercredi prochain, d’autant plus que les observateurs s’attendent à des décisions et des actions rapides de la part du nouveau président américain. En Europe où la pandémie et le durcissement des mesures de restriction restent au cœur de l’actualité, le premier ministre Giuseppe Conte tentera de constituer une nouvelle majorité pour éviter au pays de nouvelles secousses politiques.

Après une fin de semaine difficile pour les actifs dits « risqués », les marchés actions européens ne bénéficieront pas d’un « effet Chine » consécutif aux bons chiffres de croissance publiés dans le pays ce matin et ont ouvert dans le rouge. L’inquiétude sur une possible nouvelle récession au 1er trimestre domine toujours les débats et accentue la défiance passagère à l’égard des actifs européens, dont en premier lieu l’euro.

Sur le marché des changes, l’euro retrouve des couleurs face aux devises cycliques comme la couronne norvégienne (+0,36%) ou bien encore le dollar canadien (+0,40%) mais reste sur la défensive face aux devises refuges comme le dollar (moins de 1,21 $) ou le yen (125 ¥). La livre corrige ce matin après avoir approché tout près la semaine dernière d’un plafond qui tient depuis le mois de mai situé au niveau de 0,8860 £. Le yuan retrace à la baisse ce matin face à l’euro (7,85 ¥) et au dollar (6,48 ¥), les investisseurs étant peu étonnés des bons chiffres économiques publiés dans le pays ce matin et profitant au contraire de l’occasion pour faire des prises de bénéfice.

Coup de projecteur sur l’investiture américaine et la réunion de la BCE

Les deux principaux évènements à suivre cette semaine seront l’investiture américaine et la prise officielle de fonction de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis ce mercredi, mais aussi la première réunion monétaire de l’année de la Banque centrale Européenne (BCE) ce jeudi.

Côté américain, l’investiture du nouveau président est initialement un évènement très protocolaire et hautement symbolique marquant un passage de témoin entre l’ancien locataire de la Maison Blanche et son successeur. La date est même inscrite dans la Constitution américaine et s’effectue ainsi le 20 janvier de l’année suivant l’élection présidentielle à midi. Cette cérémonie aura cette année une saveur très particulière au regard des récents évènements de violence qui se sont déroulés au Congrès américain le 6 janvier dernier. Beaucoup redoutent de nouveaux troubles ce mercredi de partisans républicains ou autres opposants politiques contestant le résultat du vote populaire du 3 novembre. Un dispositif sécuritaire exceptionnel sera donc déployé à cette occasion afin d’éviter tout dérapage similaire à ceux entrevus au Capitole deux semaines auparavant. Cela marquera officiellement la fin du mandat présidentiel de Donald Trump et de quatre années amplement marquées par l’isolation des Etats-Unis sur la scène internationale et la guerre commerciale entre Pékin et Washington. Il n’est pas certain que l’arrivée de Joe Biden bouleverse tous les rapports de force entrevus ces dernières années – principalement avec la Chine contre laquelle la lutte de l’hégémonie économique mondiale devrait se poursuivre – néanmoins on peut espérer de sa part une moins grande boulimie des réseaux sociaux comme médium de communication et une approche moins frontale en matière diplomatie internationale. Deux caractéristiques qui le démarquent de son prédécesseur et qui sont grandement appréciés par les marchés financiers qui n’auront, à priori, plus à craindre les sorties médiatiques imprévisibles du nouveau président. Le premier gros chantier qui attend Biden et son gouvernement est la mise en place d’un nouveau large plan de relance d’un montant de 1900 Mds$ dont les premiers contours ont été dévoilés la semaine dernière. L’une des mesures phares concernant le doublement du salaire minimum de 7,25 à 15,00 $ par heure, laquelle permettrai à 1,3 millions d’américains de repasser au-dessus du seuil de pauvreté selon les calculs réalisés par la commission budgétaire du Congrès (CBO), fait grincer des dents dans le camp républicain. Disposant d’un très court avantage au Sénat – répartition égale des sièges entre Démocrates et Républicains – c’est une longue bataille qui attend l’ancien vice-président sous Obama. La question du financement de ce nouveau plan n’a pas été encore abordée mais elle pourrait faire tilter les investisseurs si cela implique des hausses d’impôt sur les sociétés comme cela avait été initialement évoqué durant la campagne présidentielle. D’autres annonces marquantes pourraient accompagner la prise de fonction de Biden comme la réintégration des Etats-Unis aux accords de Paris sur le climat ou encore l’élimination de la règle de son prédécesseur interdisant l’entrée sur le territoire de citoyens en provenance de certains pays musulmans. Le dollar vit pour le moment assez bien la période de transition et n’a pas été pour le moins perturber par les annonces de nouvelles mesures de soutien qui impliqueraient un nouveau creusement des déficits et une hausse de la dette sur des nouveaux sommets historiques. Au contraire, le dollar semble jouir d’une nouvelle côte de popularité qu’il semble avoir acquis par le biais de la poussée des taux longs qui lui procurent une nouvelle attractivité par rapport à ses pairs, et principalement l’euro. Les incertitudes autour d’éventuelles violences durant la cérémonie d’investiture a plausiblement pu également déclencher quelques prises d’intérêt sur le dollar en tant que valeur refuge.

La devise américaine vient d’enregistrer un rebond de +1,5% sur les 8 dernières séances face à un panier de devises qui intervient après une chute en début d’année à un creux de plus de 2 ans. Simple rebond correctif ou réel retour de flamme pour le billet vert ? La semaine pourrait être riche d’enseignements.

Sans grande surprise, le regain de forme du dollar coïncide avec une mauvaise passe pour l’euro qui après un début d’année en fanfare connaît un vrai coup d’arrêt. La devise européenne vient de subir une correction de -2% face au dollar (1,21 $), de -1,5% face au yen (125,5 ¥) et de presque -1% face au franc suisse (1,0750 ₣) en un peu plus d’une semaine. La dégradation de la situation sanitaire en Europe ces derniers jours mais surtout la succession d’annonces de nouvelles mesures de restriction stricts – souvent de reconfinement général – ont littéralement porté un coup au moral des acheteurs de la devise européenne. Alors que l’année 2021 était placée sous le signe de la reprise, l’arrivée d’un variant du coronavirus plus contagieux que sa forme initiale vient quelque peu altérer l’optimisme qu’avait drainé depuis la fin de l’année dernière l’arrivée précoce de vaccins. De toute évidence, la performance au premier trimestre devrait être vivement impactée par les restrictions et une nouvelle contraction économique n’est pas à exclure dans les pays européens actuellement frappée par une nouvelle vague de contamination. On s’attendait à un début d’année compliqué et une dynamique reprise dans un premier temps sous forme de « stop and go » (sinusoïdale), mais peut-être pas autant. La question qui se pose alors est celle du soutien apporté par les autorités politiques et monétaires en cas de nouveau coup d’arrêt important de l’économie ? Le montant des aides déployées l’année dernière est monumentale, pour ne pas dire historique, et on peut questionner l’ampleur de ses capacités d’action après avoir déjà mis en place l’année dernière entre mars et décembre un plan d’urgence de rachat d’actifs (PEPP) de 1850 Mds€ et que son bilan actuel dépasse allègrement les 50% de PIB de l’ensemble de la Zone Euro.

D’autant plus que la décision prise en décembre dernier d’augmenter le plafond de rachat de 500 Mds€ et d’étendre la durée du plan de 9 mois jusqu’à mars 2022 n’était pas un choix partagé de tous, a-t-on appris la semaine dernière à la lecture des Minutes de la dernière réunion monétaire. Aussi, il est très peu probable que l’on assiste à une surréaction de la BCE cette semaine aux dernières annonces sanitaires en Europe. Surtout que comme l’a rappelé la présidente Christine Lagarde la semaine dernière, les récents évènements ne changent en rien la projection de rebond de 3,9% pour cette année établie en décembre dernier. Le scénario de base de la banque s’appuyait sur un maintien des restrictions jusqu’à la fin du premier trimestre donc il n’y a pas matière pour le moment à paniquer ou réagir outre-mesure. La banque restera attentive à l’évolution du contexte sanitaire en Europe mais devrait dans un premier temps maintenir une approche attentiste pendant plusieurs mois. Pas de surprises donc à attendre en matière de politique monétaire, ni de grands bouleversements de la part de la banque centrale dans sa communication qui devrait continuer de mettre en avant le soutien inconditionnel de l’institution monétaire à l’économie européenne. Si un tel scénario se confirme, cela ne permettra pas forcément à l’euro de se relance mais cela ne donnera pas non plus de nouveaux arguments aux vendeurs pour accentuer les pressions baissières sur la devise européenne.

Comme on en a l’habitude, la volatilité sur l’euro montera crescendo à l’approche de la publication du communiqué officiel de la banque (13h45) et atteindra un pic au moment de la conférence de presse de Christine Lagarde (début à 14h30).

L’euro flanche face aux devises refuges

Sur la défensive depuis une semaine, l’euro a creusé ses pertes vendredi dernier, aussi bien face à ses pairs d’économies développées que d’économies émergentes. La devise européenne a particulièrement été en difficulté vendredi face aux devises dites refuges et aux devises asiatiques. La paire EUR/USD a plongé sous le seuil de 1,21 $ pour la 1ière fois depuis un mois, ponctuant ainsi la semaine sur un repli cumulé de -2% en 7 séances. La paire EUR/CHF a connu sa seconde pire séance en 4 mois (-0,3%) et clôturé elle-aussi à un creux d’un mois à hauteur de 1,0760 ₣. La paire EUR/JPY a cumulé un repli de -1,5% en 6 séances et a clôturé vendredi à un creux depuis 6 semaines sous le niveau de 125,5¥. Le yuan a lui enchaîné vendredi une 7ième séance consécutive de hausse face à l’euro pour un gain cumulé de +1,4% et ainsi clôturé la semaine à un creux de 6 semaines sous le seuil de 7,84 ¥. Les meilleures performances du jour sont pour la roupie indonésienne (+0,9%), le baht thaïlandais (+0,7%) et le dollar hongkongais (+0,7%).

L’accentuation des mesures sanitaires en Europe pèse sur les perspectives économiques et un scénario de possible nouvelle récession au T1 fait la une des médias financiers. Il est trop tôt pour parler de défiance généralisée des investisseurs vis-à-vis de l’Europe mais on a là un premier avertissement d’une probable fin de lune de miel. À l’automne dernier, la devise européenne n’avait pas été réellement endommagée par la seconde vague de contamination mais cette fois-ci la donne a quelque peu changé. La courte majorité de Biden au Sénat nourri les spéculations de déploiement d’un nouveau plan de relance massif aux Etats-Unis qui pourrait permettre aux Etats-Unis de prendre un meilleur virage que la Zone Euro dans la période d’après-crise. C’est d’autant plus vrai que l’économie européenne fait face à un autre obstacle majeur que la propagation d’un nouveau variant du virus, il s’agit de la lenteur pour le moment des campagnes de vaccination qui font craindre un prolongement plus long que prévu des restrictions sanitaires et par corollaire un rebond bien plus modeste de la croissance cette année dans la région.

Une économie chinoise qui finit fort 2020

La dynamique économique chinoise a accéléré durant le dernier trimestre de l’année 2020 et progressé de 6,5% sur un an. En réalisant une performance similaire à celle entrevue fin 2019, la Chine confirme que la crise sanitaire est derrière elle et s’affiche comme un modèle en matière de reprise. Malgré une contraction historique au premier trimestre, la seconde économie mondiale a enregistré un rebond de de 2,3% sur l’année, soit une dynamique un peu plus forte que ne le suggérait les projections du FMI et de l’OCDE (1,9%) et surtout une des rares performances positives de l’année. La forte reprise de la production industrielle n’est pas étrangère à cela comme l’illustre la nouvelle accélération de l’activité en décembre à un pic annuel de 7,3% A/A. Seule petite ombre au tableau, le ralentissement inattendue sur la fin d’année dernière des ventes au détail de 5,0% à 4,6% en rythme annuel (consensus 5,5%) qui méritera d’être surveillé dans le temps si jamais il s’avère qu’elle résulte d’un changement des comportements d’achat lié à la recrudescence de cas de coronavirus en Chine et au reconfinement partiel de certaines zones.

Les données ce matin confirment la bonne santé de l’économie chinoise et sa forte reprise amorcée depuis le printemps 2020. Les marchés semblent peu impressionnés par les chiffres de croissance publiés ce matin qui étaient globalement anticipés, et au contraire affichent un regard quelque peu nuancé à la lecture des statistiques mensuelles indiquant une décélération de la consommation. Ainsi le yuan corrige légèrement face à l’euro ce matin et fait temporairement une pause après un rebond de 2% en un peu plus de deux semaines et un pic de 6 semaines atteint en fin de semaine dernière à moins de 7,84 ¥. Le yuan est également orienté à la baisse ce matin face au dollar (6,48 ¥). Il s’agit davantage d’un mouvement de prises de bénéfices ou de type

« achetez la rumeur, vendez la nouvelle » que d’un réel scepticisme vis-à-vis de la devise chinoise. Les bons fondamentaux économiques chinois restent un catalyseur positif très fort pour le yuan, d’autant dans cette période de regain de vigueur de la pandémie à travers le monde. Il faudra tout de même garder un œil sur l’évolution de la situation sanitaire en Chine et les éventuelles restrictions prises en cas de hausses des cas, lesquelles pourraient quelque peu éroder l’enthousiasme général autour de l’économie chinoise et de sa devise.

Décisions monétaires et indices d’activité

La semaine sera chargée en décisions monétaires avec des réunions de banque centrale programmée entre autres en Hongrie (lundi), au Canada et au Brésil (mercredi), en Zone Euro, au Japon, en Norvège, en Afrique du Sud et en Turquie (jeudi). Si les analystes sondés par l’agence de presse Reuters s’attendent majoritairement à un statu quo sur les taux directeurs de ces différentes banques centrales, leur communication sera attentivement écoutée, notamment au regard du contexte sanitaire actuel qui voit une recrudescence de la pandémie à travers le monde. Les investisseurs seront particulièrement attentifs aux réunions organisées au Japon et au Canada en marge desquelles les banquiers centraux publieront une actualisation de leurs projections de croissance et d’inflation pour 2021.

On surveillera la réponse monétaire mais aussi l’impact conjoncturel à la hausse des risques sanitaires à travers la publication cette semaine des premières estimations des indicateurs d’activité PMI dans le secteur privé au mois de janvier. L’Australie (jeudi soir) mais aussi le Japon, la Zone Euro, le Royaume Uni et les Etats Unis (vendredi) publieront ces indicateurs qui permettront de jauger sur quel pied ces régions ont débuté l’année 2021 qui aux yeux de tous les observateurs économiques et financiers est supposée être une année de forte reprise. En Zone Euro et au Royaume-Uni, ce sera l’occasion de jauger la résilience de l’économie face aux nouvelles restrictions imposées sur la fin d’année dernière et ce début d’année. Comme lors des derniers mois, la résilience de l’industrie pourrait permettre de nuancer la sous-performance des services, mais probablement pas au point d’éviter une contraction générale de l’activité dans le secteur privé. Aux Etats Unis, la dynamique devrait selon le consensus rester positive pour le mois de janvier et se maintenir proche de ses plus hauts depuis 2018. Si c’est le cas, le thème de divergences économiques entre les Etats-Unis et l’Europe pourrait s’intensifier et appuyer un nouveau mouvement de revalorisation du dollar au détriment de l’euro et de la livre sterling.

Publications statistiques

Vendredi dernier, les statistiques de ventes au détail aux Etats-Unis du mois de décembre sont ressorties en baisse à -0,7% M/M. C’est une double contraction après celle déjà observée en novembre de -1,1% M/M. La consommation américaine reste en berne et semble pâtir d’une baisse de confiance des ménages face à l’état de la situation sanitaire et au retard du déploiement de nouvelles aides aux Etats-Unis. Cette thèse trouve écho dans le nouveau repli de l’indice Michigan dont les premières estimations du mois janvier ressortent inférieures à celle du mois de décembre (79,2 vs. 80,7). La production industrielle du mois de décembre continue quant à elle de progresser. Avec un rebond de l’activité de 1,6% M/M, le secteur industriel américain fait mieux que le mois précédent (+0,5% M/M) et confirme son statut de locomotive de la reprise en cette période contrastée.

Ce matin, les statistiques de PIB publiées en Chine montrent une accélération de la croissance au dernier trimestre 2020 de 6,5% sur un an pour finalement clôturer l’année sur un rebond de 2,3% en 2020. L’industrie continue de tirer la reprise chinoise (pic annuel en décembre de 7,3% sur un an) alors que la baisse inattendue des ventes au détail (4,6% sur un an vs. 5,0% en novembre) et la stabilité du chômage (5,2% en décembre) après quatre mois consécutifs de baisse soulèvent quelques questions au niveau de robustesse de la consommation chinoise.

Cette après-midi il n’y aura pas publications statistiques clés. Toutefois l’Eurogroupe (l’ensemble des ministres des finances de la zone euro) se réunira cette après-midi pour discuter du rôle international de l’euro.


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