Devenir client

Actualités du marché des devises

avr. 09, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Pire semaine depuis septembre pour la livre sterling

  

Tendance du jour

Les records de la veille aux Etats-Unis et en Europe n’ont pas eu de répercussions positives sur les marchés asiatiques qui ont connu ce matin une séance très tumultueuse. En cause, la hausse des contaminations dans certains régions et notamment aux Etats-Unis qui commencent à inquiéter mais aussi les nouveaux chiffres d’inflation en Chine qui ont mis en lumière les difficultés actuelles de la consommation des ménages à redémarrer et les tensions sur les prix à la production.

En Europe, le flux de bonnes nouvelles observées cette semaine est terni par la publication ce matin d’une contraction surprise de la production industrielle en Allemagne. Remonté hier à plus de 1,19 $, le taux EUR/USD redescend de son piédestal.

Le taux EUR/GBP connaît actuellement un rebond de plus de 2% sur les 4 dernières semaines et est en passe d’enregistrer sa meilleure performance hebdomadaire depuis septembre. Aux portes du seuil de 0,87 £, la paire de change profite des défaillances de la livre sterling dont l’attractivité a été entamée par les débats autour du vaccin AstraZeneca, les retards de livraison de vaccins au Royaume-Uni et les violences actuelles en Irlande du Nord.

Le taux EUR/CHF a amorcé depuis quelques jours un mouvement de repli, lequel se nourrit ce matin des bons chiffres du chômage en Suisse (plus bas depuis 6 mois). Le taux EUR/CHF menace de glisser sous le seuil de 1,10 ₣, ce qu’il n’a plus réussi à faire depuis plus d’un mois.

Les turbulences sur les marchés asiatiques de ce matin se répercutent sur le dollar australien qui chute ce matin à un plus bas depuis un mois face à l’euro à plus de 1,56 A$.

Le gouverneur central américain a de nouveau rejeté la thèse d’un retour de l’inflation et réitéré sa stratégie de conserver une approche accommodante pendant une période prolongée de temps. Le coup de mou des taux américains dessine un contexte favorable en ce moment à un rebond correctif des devises sud-américaines. À l’inverse, les devises asiatiques connaissent un mois d’avril compliqué face à l’euro et semblent pâtir d’un déficit d’intérêt influencé par la dégradation de la situation sanitaire en Inde. La roupie indienne continue de chuter et perd actuellement près de -4% face à l’euro en l’espace de 2 semaines (89 INR).

   

Hausse des infections et nouvelle déception sur l’emploi aux Etats-Unis : le dollar confirme son mauvais début d’avril (USD)

Pour la seconde semaine consécutive, le nombre d’inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage aux Etats-Unis a progressé (+744k vs. 728k), ce qui n’a pas manqué d’échauder les acteurs de marché qui anticipaient plutôt une baisse (consensus = +680k). Malgré des statistiques rassurantes en mars, mois durant lequel l’économie américaine a crée 916k emplois (pic de 7 mois), les Etats-Unis souffrent un an après le début de la pandémie d’un déficit net de 8,4 millions d’emplois détruits par la COVID. C’est le véritable talon d’Achille de l’économie américaine, bien que celle-ci apparaisse à un stade avancé en matière de reprise par rapport aux autres économies développées. C’est justement sur ce point précis que la réserve fédérale américaine considère qu’il y a le plus grand axe de progression et appuie son argumentaire pour justifier sa stratégie actuelle de maintenir une politique de soutien massif pendant une période prolongée de temps. Sans une nette amélioration du marché du travail vers le plein emploi, les salaires risquent de ne pas progresser significativement et l’inflation de rester durablement sous l’objectif de 2% fixé par la banque, quoi qu’en disent les marchés (voir segment sur l’inflation plus bas).

Outre l’emploi qui déçoit, les acteurs de marché assistent également à un début de remontée des infections dans l’Etat du Michigan. Cela fait maintenant une semaine qu’une poussée des cas s’observe mais celle-ci semble gagner en vigueur et commence à sérieusement inquiéter les autorités américaines, et par effet miroir les acteurs de marché. Il est encore trop tôt pour parler d’une éventuelle 4ième vague de contamination mais les autorités sanitaires américaines sur la nécessité de ne pas relâcher d’efforts sur le respect des gestes barrières malgré les récents assouplissements sanitaires opérés dans le pays.

Le dollar confirme son mauvais début de mois et a connu jeudi une 5ième séance de repli face à l’euro sur les 7 derniers jours ouvrés, ce qui porte ses pertes à un total cumulé de -1,7% sur la période. Le taux EUR/USD a franchi hier le cap des 1,19 $ et même clôturé au-dessus de ce seuil pour la 1ière fois en plus de deux semaines. La paire de change a ainsi retracé plus de 40% des près de 4% des pertes subies entre le 26 février et le 30 mars. Sauf nouvelle déception en provenance des Etats-Unis, il est fort possible qu’on assiste sur cette dernière séance de la semaine à un mouvement correctif baissier d’ordre technique de la part de l’EUR/USD en écho aux récents gains accumulés. C’est du moins la tendance qui s’observe ce vendredi matin puisque la paire de change retrace sous 1,19 $.

  

Tumultes en Irlande sur fond de Brexit et nouveau coup de massue pour le vaccin britannique AstraZeneca : la livre sterling broie du noir (GBP)

En écho à la décision britannique mercredi de ne pas distribuer le vaccin AstraZeneca aux personnes âgées de moins de 30 ans en raison de risques de thrombose, plusieurs pays européens ont annoncé dans la foulée entre mercredi soir et jeudi un nouveau durcissement des critères d’âge d’accès à ce vaccin. En Allemagne, aux Pays-Bas et au Portugal, le vaccin est seulement réservé aux personnes de plus de 60 ans. En Espagne, on a fait machine arrière sur la décision d’étendre la vaccination de ce produit à la tranche 55-65 ans, seules les personnes de plus 60 ans y auront accès. En Italie, le vaccin est « recommandé » aux personnes de préférence de plus de 60 ans. En France, la Haute Autorité de Santé avait fixé le 19 mars dernier à 55 ans la limite d’âge à partir duquel il était possible de recevoir ce vaccin. Cependant, au regard de la pression qui monte autour des risques de santé qui entourent le vaccin britannique, la HAS devrait annoncer ce vendredi que les personnes de moins de 55 ans ayant déjà reçu une dose d’AstraZeneca recevront en seconde injection un autre vaccin à ARN messager. C’est un sérieux coup de massue pour l’entreprise britanno-suédoise mais aussi pour le Royaume-Uni qui a basé une large partie de sa campagne de vaccination sur ce produit. À cela s’ajoute d’importants retards de livraison sur ce début du mois d’avril qui viennent mettre un sérieux coup de frein à la vaccination outre-Manche.

En plus du volet vaccinal, le Royaume-Uni doit gérer en parallèle de nouvelles tensions politiques en Irlande où l’héritage du Brexit a du mal à être digéré. De émeutes s’observent depuis plusieurs jours en Irlande du Nord et rappellent les années sombres de la région qui ont précédé l’accord de paix du Vendredi Saint en 1998 entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Les conséquences du Brexit et le retour de contrôle douanier entre la Grande Bretagne et l’Irlande du Nord sur les échanges de marchandises est une pilule amère à avaler pour les unionistes nord-irlandais qui sont très attachés à leur racine britannique. C’est un conflit dont se serait bien passé Boris Johnson dans cette période délicate de reprise mais qui se doit d’être urgemment réglé avant que la situation ne s’embrase davantage et devienne incontrôlable.

Ces évènements rappellent au combien les répercussions du Brexit – économiques, politiques et sociaux – ont été ces derniers mois négligés au profit de la crise et de sa gestion. Pourtant ils sont bien réels. Ce retour à la réalité vient sérieusement entamer la confiance inaltérable dont jouissait la livre sterling sur ce début d’année auprès des investisseurs. La livre sterling a enchaîné jeudi une 3ième séance consécutive de repli face à l’euro (-0,4%), ce qui porte ses pertes à plus de -2% depuis mardi. Le taux EUR/GBP reste orienté à la hausse ce matin et tape à la porte du seuil de 0,87 £, lequel n’a plus été touché depuis le 26 février dernier.

  

“Inflation or not inflation ?” (CNY, INR, BRL, MXN)

C’est l’un des débats qui fait le plus rage actuellement sur le marché, à savoir si l’on va assister à une flambée des prix en marge de cette forte reprise de l’économie mondiale qui s’annonce. Si l’on s’en tient aux seules anticipations d’inflation, il paraît évident que l’on devrait assister à une forte poussée des prix. Or les données économiques factuelles publiées à ce jour livrent une tout autre histoire. Malgré les spéculations des marchés autour du retour du spectre de l’inflation, les mesures d’inflation parues à ce jour n ’indiquent pas pour le moment l’existence de fortes pressions sur les prix à la consommation. La Chine, pays qui est à l’heure d’aujourd’hui le plus avancé dans la phase de reprise, nous livre des enseignements intéressants à ce sujet. Les données d’inflation de mars publiées ce matin montrent une double dynamique : 1) envolée des prix à la production à un pic de presque 3 ans (4,4% en dynamique annuelle vs. 1,7% en février), et 2) croissance modeste des prix à la consommation (0,4% en dynamique annuelle vs. -0,2% en février). La hausse des prix des matières premières et le manque de capacité des outils de production industrielle par rapport à la croissance de la demande mondiale se répercutent sur une hausse des coûts de production. S’il est fort possible que cette hausse se répercute sur le prix du produit final proposé au consommateur, cela dépendra aussi du choix stratégique fait par les entreprises en matière de politique de prix. Si l’industrie est la grande gagnante pour le moment de la reprise, la consommation domestique se redresse plus modestement et l’on n’assiste pas en Chine pour le moment à un effet de rattrapage significatif et durable nourri par une épargne élevée et rendue captive durant la pandémie.

À la lecture des statistiques chinoises, on peut croire que l’on pourrait assister dans les prochains mois à de vives pressions haussières passagères sur les prix de production alimentées principalement par la hausse des prix des matières premières et un effet de base relatif aux mauvaises performances de l’année dernière. Néanmoins, les effets ne devraient pas être durables si la consommation domestique ne se redresse pas plus fortement. Cela présuppose d’importants progrès en matière d’emploi, une hausse des salaires et une amélioration globale des perspectives. C’est en substance l’interprétation de la situation qui est faite par la réserve fédérale américaine et qui a été (une énième fois) évoquée hier par le gouverneur central Jerome Powell. Il n’y a aucune raison dans le contexte actuel à se livrer à une réflexion sur une réduction du soutien monétaire. Les taux américains ont une nouvelle fois reculé hier, le taux 10 ans clôturant la séance à un creux de 2 semaines à 1,63%. Les marchés actions européens et américains ont atteint de nouveaux records hier et continuent de surfer sur cette vague d’optimisme autour de la reprise et des anticipations de soutien prolongé des banques centrales.

Dans ce contexte positif, des mouvements correctifs se poursuivent dans l’univers des émergents. Sur ce début avril, les devises sud-américaines surperforment leurs consœurs asiatiques et tentent d’inverser la dynamique du début d’année. Ainsi, le yuan et la roupie indienne accusent depuis plusieurs jours d’importantes pertes face à l’euro quand dans le même temps le réal brésilien et le peso mexicain se renforcent, quand bien même si la situation sanitaire en Amérique Latine reste toujours relativement fragile (principalement au Brésil). Le taux EUR/CNH est remonté hier à un pic de 5 semaines à plus de 7,80 ¥ et le taux EUR/INR à un pic de presque 6 semaines à plus de 88,5 INR. La dégradation de la situation sanitaire en Inde (records de cas cette semaine) pénalise lourdement la devise indienne qui accuse actuellement un repli de -4% face à l’euro en l’espace de deux semaines. Le réal brésilien connaît un destin inverse et enregistre actuellement un rebond de plus de +2,5% face à l’euro sur les deux dernières semaines. Le taux EUR/BRL oscille ce matin à un creux d’une semaine et est désormais à proximité du seuil de 6,60 BRL.

  

Publications statistiques

On observe ce matin à une contraction surprise de la production industrielle allemande au mois de février (-1,6% M/M vs. consensus +1,5%) et un rebond un peu plus modeste que prévu des exportations allemandes en février (+0,9% M/M vs. consensus +1,0%). Ces mauvaises nouvelles font glisser l’EUR/USD sous 1,19 $.

Le taux de chômage en Suisse a connu un repli plus important que prévu (3,3% vs. consensus 3,6%) et retombe à son plus bas niveau depuis 6 mois. Le taux EUR/CHF menace ce matin de chuter sous le seuil de 1,10 ₣.

À suivre ce vendredi les indices de prix à la production (indices PPI) aux Etats-Unis et les chiffres de l’emploi de mars au Canada qui seront publiés en début d’après-midi (14h30).


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.